L'histoire des mots

Une fille qui l'ouvre, ça devient normal

~ Le 11.09.2020 ~

L’un des plus gros poids avec lequel je me dois d’avancer depuis plusieurs années maintenant n’est pas le sujet le plus simple a aborder. J’en ai honte. Il me hante.
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~ A toi que j’appellerai le porc ~
Juillet 2013 : ce fameux été où tout a basculé.
Sache qu’il m’aura tout de même fallu deux ans pour prendre conscience de ce que je venais de vivre. Deux années de doutes, de remises en questions, de renferment, d’horreur, de honte, de culpabilité, d’angoisses, de crises de panique et j’en passe.
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Cet été là, je venais de terminer l’année en validant mon baccalauréat. J’étais heureuse et souriante. A la rentrée prochaine, je m’apprêtais à entrer en BTS et surtout, je m’apprêtais à revenir vivre pleinement là où j’ai toujours grandi.

Je ne me souviens plus du tout comment les choses se sont déroulées au tout début. Je n’en garde que de très vagues souvenirs. Mais, je me souviens avoir atterri dans une belle bande de copains, aussi fou les uns que les autres. Un groupe composé d’autant de filles que de garçons. Une belle ambiance, aucune tension, des moments de partage, de rigolade et d’entraide. Une bande de copains comme on aimerait tous avoir.

Les jours qui suivent, les sorties se font de plus en plus récurrentes : on profite de journées complètes à la plage, on part le temps d’une journée dans un parc d’attraction, on se prélasse au bord de la piscine, on se retrouve en soirée à la plage pour des barbecues… tout était beau.

Tout était beau jusqu’à LA soirée de trop. Ce jour là, on se retrouve tous à une plage que je ne connaissais pas. On rencontre des étrangers. On échange de tout et de rien. On s’amuse. On rigole. A cette époque, je n’avais pas encore le permis. « Y » m’accompagnait systématiquement à l’aller comme au retour car on habitait juste à côté. Mais ce soir, j’ai voulu rester plus longtemps. Je lui ai dit de ne pas me raccompagner et que je rentrerais avec les autres encore présents. « Y » a insisté. Et, encore une fois, j’ai pensé à moi… je ne l’ai pas écouté et je suis restée.

Au moment de quitter cette plage, nous étions trois en voiture et je ne suis rentrée chez moi que le lendemain, après avoir appelé ma maman. Je suis restée dormir chez un des garçons de la bande de copains. Il avait légèrement bu. Ce soir là, il n’a jamais tenu compte de mes nombreux « NON ». Il n’a jamais pensé à moi. Il ne s’est jamais excusé. Je me sens coupable de ne pas avoir été capable de me débattre davantage. Je me sens coupable d’avoir été salie. Je me sens coupable d’avoir voulu profiter de cette soirée et de ne pas être rentrée quand on me l’a proposé.

Encore aujourd’hui, sept ans après, j’éprouve du dégoût envers moi-même.
Encore aujourd’hui, sept ans après, je suis angoissée à l’idée de le croiser.
Encore aujourd’hui, sept ans après, ces images reviennent en boucle.
Encore aujourd’hui, sept ans après, je n’arrive pas à faire confiance.
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Cet été là, je n’en ai parlé a personne. Mon caractère a changé, je suis devenue plus agressive qu’avant. J’ai refusé de rester vivre à la maison. J’ai tout fait pour partir et me retrouver seule. En moins d’un mois, je me suis retrouvée seule, dans un tout petit studio.
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Aujourd’hui, je prends conscience que ce n’était pas la meilleure chose à faire. J’ai toujours refusé de porter plainte. J’ai toujours refusé de répondre à ces messages sur les réseaux sociaux. Mais aujourd’hui, je suis décidée plus que jamais à en parler et à ne pas avoir honte de balancer, moi aussi, mon porc.
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Oui une fille qui l’ouvre, ça devient normal.