L'histoire des mots

Je t'aime plus gros qu'un éléphant

~ Le 10.09.2020 ~

Ayant conscience des éléments qui m’ont aujourd’hui plongée dans cet état de dépression, j’ai besoin de coucher mes mots sur le papier et de ne plus les supprimer. Je ne souhaite plus faire les mêmes erreurs. Je ne souhaite plus perdre les personnes que j’aime. Je souhaite redevenir celle que j’étais avant : heureuse, souriante et qui aime la vie !
.
~ A toi, la plus belle des étoiles ~
Le vingt-trois décembre deux milles six, j’ai perdu la seule personne que je ne voulais pas voir partir. Toi que je pensais invincible. Toi qui savais me faire rire. Toi qui me faisais confiance. Toi qui savais me rendre heureuse dans n’importe quelle situation.
.
La veille de cette tragique journée, nous sortions au cinéma avec toutes les classes du collège. C’était une très belle journée juste avant les vacances de Noël. Au programme, nous avions eu le choix entre deux films « Dragons » ou « Arthur et les minimoy’s ». J’avais choisi Arthur. La séance se déroulait au cinéma le « Bretagne », à seulement deux pas de chez toi. J’avais prévu de venir chez toi et de te faire la surprise. Je souhaitais rester dormir et passer la soirée à l’appartement, juste avant les vacances de Noël. Tout est prêt dans ma tête. La surprise aurait dû être belle.

La surprise aurait dû être belle… Mais j’en ai décidé autrement au dernier moment. Soucieuse de toujours voulu me faire accepter par tout le monde, j’ai préféré suivre ma bande de copains. Pendant ce long trajet en bus (qui me ramenait jusqu’à la maison), j’étais partagée entre le fait de ne pas venir te voir et le fait d’être heureuse de vivre ces moments avec eux. Nous rigolions, nous étions heureux. Et puis, de façon complètement insouciante, je me répétais sans cesse « c’est pas grave, c’est les vacances, je te verrais demain ».

Le lendemain matin, ce vingt-trois décembre deux milles six, quelques minutes avant six heures du matin, je me réveille en sursaut. Quelques instants après, le téléphone sonne et te voilà à l’autre bout du fil avec papa. Je savais que c’était toi. C’est alors le début du cauchemar. Je veux partir avec papa et maman. Je sais que ce n’est pas « une situation normale ». Au fond de moi, je sais déjà que je ne te reverrai plus.

Les heures passes. Papa et maman rentre à la maison pour déjeuner avec nous. Ils nous rassurent et nous disent que tout se passe bien. En te levant, tu as chuté en posant le pied sur le tapis. Tu n’as réussi à te relever seule et tu nous a appelé. Ce jour là, maman n’avait pas les clés. Tu as tout fait pour ouvrir la porte toi-même. Tu n’imagines même pas à quel point j’ai de la peine en écrivant tout ça. Si j’avais été là ce jour là, tu serais peut-être encore avec nous aujourd’hui.

Pendant le déjeuner, ils nous disent que tu dois seulement passer quelques examens simplement par précaution et qu’ils ne veulent pas te laisser seule. Ils nous préviennent quand même avoir appelé la famille qui habite loin pour leur dire de venir… Ils repartent quasiment aussi tôt. Avec les filles, on passe la journée entière ensemble. On ne se quitte pas. « A » avait bien compris que la situation était préoccupante. « N » semblait ne pas prendre conscience de la situation. Et moi, je me répétais sans cesse que ce n’était pas possible, que c’était un mauvais rêve. Quelques heures plus tard, tu dis à maman que tu ne te sens pas bien et tu plonges dans un coma. Sur le coup des seize heures, tout est terminé, comme selon ta volonté.

Papa et maman rentrent à la maison en fin de journée. Ils nous demandent où nous sommes et disent tout de suite qu’ils veulent nous parler. « A », debout, sur le pallier, dit d’un ton complètement naturel « C’est bon, on a compris, elle est partie ». Je crois que je ne m’en remettrais jamais de cette phrase. Cette phrase aussi crue. On se réunit quand même dans la chambre, à cinq. Maman a un visage fermé. Je ne sais plus qui nous l’annonce mais je me souviens que les mots étaient plus humains que ceux d'« A ». Je me souviens avoir pleuré. Ensuite, c’est beaucoup de trous noirs. Je me revois dans le salon, avec maman. Je pleure. Je ne m’arrête pas. Elle me prend dans ses bras et me dit « Tu sais « T », « MA » a toujours dit que tu étais sa petite-fille préférée. Même avant de partir. Elle t’aimait. » Merci pour ces mots car ils me font tenir.
.
Chaque année, à la même période, je tombe malade.
Chaque année, à la même période, j’ai peur des fêtes de Noël.
Chaque année, à la même période, je pleure, loin de tout le monde.
Chaque année, à la même période, j’allume une bougie pour toi, pour nous.
.
Sache que je suis réellement désolée de ne pas avoir été présente la veille au soir. Ça n’aurait peut-être rien changé au dénouement mais je m’en veux. Je m’en veux de ne pas avoir été là et d’avoir uniquement pensé à moi ce jour là. Je suis désolée de ne pas t’avoir accompagnée, de ne pas t’avoir soutenue, de ne pas t’avoir dit au-revoir ni même à quel point je t’aime.
.
Je te promets de ne plus faire les mêmes erreurs. Je te promets d’avancer. Je te promets que tu seras fière de moi. Je te promets de faire des efforts pour être plus proche de papa et maman.
.
S’il te plaît, ne l’oublie jamais : « Je t’aime plus gros qu’un éléphant ».